🔁Équations différentielles

Cours de mathématiques · Terminale

Équations différentielles y′=ayy' = ay (solutions f(x)=Ceaxf(x) = C e^{ax}) et y′=ay+by' = ay + b, problème de Cauchy (condition initiale) et modélisation (refroidissement, charge d'un condensateur…).

Ce que tu vas savoir faire

  • ✓Reconnaître une équation différentielle et vérifier qu'une fonction en est solution.
  • ✓Résoudre y′=ayy' = ay : solutions f(x)=Ceaxf(x) = C e^{ax}.
  • ✓Résoudre y′=ay+by' = ay + b en passant par la solution constante.
  • ✓Déterminer la solution d'un problème de Cauchy (condition initiale).
  • ✓Modéliser une situation concrète par une équation différentielle.

Qu'est-ce qu'une équation différentielle ?

Règle

Une équation différentielle est une équation dont l'inconnue est une fonction yy, et qui relie cette fonction à sa (ou ses) dérivée(s). Par exemple, y′=2yy' = 2y signifie : « trouver toutes les fonctions yy dont la dérivée y′y' est égale au double de yy ».

Une solution est une fonction ff qui vérifie l'égalité pour tout xx : en remplaçant yy par ff et y′y' par f′f', l'équation est satisfaite. Une équation différentielle possède en général une infinité de solutions.

Méthode

Pour vérifier qu'une fonction ff est solution de y′=ayy' = ay :

  1. Calcule la dérivée f′f'.
  2. Calcule a×fa \times f.
  3. Vérifie que f′(x)=a f(x)f'(x) = a\,f(x) pour tout xx.
Exemple

Vérifions que f(x)=e2xf(x) = e^{2x} est solution de y′=2yy' = 2y.

On dérive : f′(x)=2e2xf'(x) = 2e^{2x}.

On calcule 2f(x)=2e2x2 f(x) = 2 e^{2x}.

On a bien f′(x)=2f(x)f'(x) = 2 f(x), donc ff est solution.

Astuce

Vérifier une solution est toujours simple : il suffit de dériver et de comparer. Si l'énoncé te donne une fonction candidate, teste-la directement.

Résolution de $y' = a y$

Règle

Soit aa un réel. Les solutions sur R\mathbb{R} de l'équation différentielle :

y′=a yy' = a\,y

sont exactement les fonctions de la forme :

f(x)=C eax,C∈R.f(x) = C\,e^{a x}, \qquad C \in \mathbb{R}.

La constante CC peut être n'importe quel réel : il y a donc une infinité de solutions. On vérifie : f′(x)=C⋅a eax=a⋅(Ceax)=af(x)f'(x) = C \cdot a\,e^{ax} = a \cdot (C e^{ax}) = a f(x).

⭐ Pour les curieux — pourquoi ça marche ? Le cours dit que ces fonctions sont les solutions, mais pourquoi n'y en a-t-il aucune autre ? Prenons une solution ff quelconque et regardons la fonction auxiliaire g(x)=f(x) e−axg(x) = f(x)\,e^{-ax}. En la dérivant (règle du produit) : g′(x)=f′(x)e−ax−a f(x)e−ax=(f′(x)−af(x))e−axg'(x) = f'(x)e^{-ax} - a\,f(x)e^{-ax} = \big(f'(x) - a f(x)\big)e^{-ax}. Or ff est solution, donc f′(x)=af(x)f'(x) = a f(x) et la parenthèse est nulle : g′(x)=0g'(x) = 0 partout, donc gg est constante, égale à un certain CC. En remontant, f(x)=C eaxf(x) = C\,e^{ax} : toute solution est forcément de cette forme, il ne peut pas y en avoir d'autres.

Méthode

Pour résoudre y′=ayy' = ay :

  1. Identifie le coefficient aa.
  2. Écris directement la solution générale f(x)=Ceaxf(x) = C e^{ax}.
  3. Si une condition initiale est donnée, calcule CC (section suivante).
Exemple

Résolvons y′=3yy' = 3y.

Ici a=3a = 3, donc les solutions sont :

f(x)=C e3x,C∈R.f(x) = C\,e^{3x}, \qquad C \in \mathbb{R}.

Par exemple f(x)=5e3xf(x) = 5 e^{3x} est une solution (pour C=5C = 5), et la fonction nulle f(x)=0f(x) = 0 en est une autre (pour C=0C = 0).

Astuce

Le coefficient aa se retrouve tel quel dans l'exposant : y′=ayy' = a y donne CeaxC e^{ax}. Ne le confonds pas avec le facteur CC qui, lui, est libre.

Problème de Cauchy (condition initiale)

Règle

Un problème de Cauchy consiste à résoudre une équation différentielle avec une condition initiale du type f(x0)=y0f(x_0) = y_0. Cette condition fixe la valeur de la constante CC : il existe alors une unique solution.

Pour y′=ayy' = ay avec f(x0)=y0f(x_0) = y_0 : la solution générale est f(x)=Ceaxf(x) = C e^{ax} ; on impose f(x0)=y0f(x_0) = y_0 pour déterminer CC.

Méthode

Pour résoudre un problème de Cauchy :

  1. Écris la solution générale f(x)=Ceaxf(x) = C e^{ax}.
  2. Remplace xx par x0x_0 et écris l'équation Ceax0=y0C e^{a x_0} = y_0.
  3. Résous pour trouver CC, puis donne la solution unique.
Exemple

Résolvons y′=2yy' = 2y avec f(0)=5f(0) = 5.

Solution générale : f(x)=Ce2xf(x) = C e^{2x}.

Condition initiale : f(0)=Ce0=C×1=C=5f(0) = C e^{0} = C \times 1 = C = 5, donc C=5C = 5.

L'unique solution est f(x)=5e2xf(x) = 5 e^{2x}. Vérification : f(0)=5e0=5f(0) = 5 e^0 = 5. Correct.

Astuce

Quand la condition est donnée en x0=0x_0 = 0, c'est facile : ea×0=e0=1e^{a \times 0} = e^0 = 1, donc C=y0C = y_0 directement.

Résolution de $y' = a y + b$

Règle

Pour a≠0a \neq 0 et bb réels, l'équation :

y′=a y+by' = a\,y + b

admet une solution constante particulière ypy_p obtenue en posant y′=0y' = 0 : 0=ayp+b0 = a y_p + b, donc yp=−bay_p = -\dfrac{b}{a}.

Les solutions sont alors :

f(x)=C eax−ba,C∈R.f(x) = C\,e^{a x} - \dfrac{b}{a}, \qquad C \in \mathbb{R}.

Autrement dit, on ajoute à la solution générale de y′=ayy' = ay la constante −ba-\dfrac{b}{a}.

⭐ Pour les curieux — pourquoi ça marche ? L'astuce, c'est de glisser le repère sur la valeur d'équilibre. Posons z(x)=f(x)+baz(x) = f(x) + \dfrac{b}{a}, l'écart à l'équilibre −ba-\dfrac{b}{a}. Comme ba\dfrac{b}{a} est une constante, z′=f′z' = f', et en remplaçant f′=af+bf' = a f + b on trouve z′=af+b=a(z−ba)+b=azz' = a f + b = a\big(z - \dfrac{b}{a}\big) + b = a z. La nouvelle inconnue zz obéit donc à l'équation simple z′=azz' = a z, dont on connaît les solutions z=Ceaxz = C e^{ax}. On revient à f=z−ba=Ceax−baf = z - \dfrac{b}{a} = C e^{ax} - \dfrac{b}{a} : la constante −ba-\dfrac{b}{a} vient juste du décalage du repère.

Méthode

Pour résoudre y′=ay+by' = ay + b :

  1. Cherche la solution constante : yp=−bay_p = -\dfrac{b}{a}.
  2. Écris la solution générale f(x)=Ceax−baf(x) = C e^{ax} - \dfrac{b}{a}.
  3. Utilise éventuellement une condition initiale pour fixer CC.
Exemple

Résolvons y′=2y−6y' = 2y - 6.

Ici a=2a = 2, b=−6b = -6. Solution constante : yp=−−62=3y_p = -\dfrac{-6}{2} = 3.

Solution générale : f(x)=Ce2x+3f(x) = C e^{2x} + 3.

Vérification : f′(x)=2Ce2xf'(x) = 2C e^{2x} et 2f(x)−6=2(Ce2x+3)−6=2Ce2x+6−6=2Ce2x2 f(x) - 6 = 2(C e^{2x} + 3) - 6 = 2C e^{2x} + 6 - 6 = 2 C e^{2x}. Égalité vérifiée.

Astuce

La solution particulière −ba-\dfrac{b}{a} est la valeur d'équilibre : c'est vers elle que tend la fonction lorsque le terme CeaxC e^{ax} disparaît (si a<0a < 0).

Modélisation : refroidissement

Règle

De nombreux phénomènes (refroidissement, désintégration radioactive, charge d'un condensateur) se modélisent par une équation y′=ay+by' = ay + b.

Loi de refroidissement de Newton : la température T(t)T(t) d'un corps vérifie T′(t)=−k(T(t)−Tamb)T'(t) = -k\big(T(t) - T_{\text{amb}}\big), où TambT_{\text{amb}} est la température ambiante et k>0k > 0. En développant : T′=−kT+kTambT' = -kT + kT_{\text{amb}}, qui est de la forme y′=ay+by' = ay + b avec a=−ka = -k et b=kTambb = kT_{\text{amb}}. La température tend vers la valeur d'équilibre −ba=Tamb-\dfrac{b}{a} = T_{\text{amb}}.

Méthode

Pour résoudre un problème de modélisation :

  1. Traduis l'énoncé en une équation y′=ay+by' = ay + b.
  2. Trouve la solution générale Ceax−baC e^{ax} - \dfrac{b}{a}.
  3. Utilise la condition initiale (état à t=0t = 0) pour déterminer CC.
  4. Interprète : valeur d'équilibre, sens d'évolution.
Exemple

Un objet à T(0)=100 ° ⁣CT(0) = 100\,°\!C refroidit dans une pièce à 20 ° ⁣C20\,°\!C selon T′=−0,1 (T−20)T' = -0{,}1\,(T - 20).

On a a=−0,1a = -0{,}1, b=2b = 2 (=0,1×20= 0{,}1 \times 20). Solution constante : −ba=−2−0,1=20-\dfrac{b}{a} = -\dfrac{2}{-0{,}1} = 20.

Solution générale : T(t)=Ce−0,1t+20T(t) = C e^{-0{,}1 t} + 20. À t=0t=0 : T(0)=C+20=100T(0) = C + 20 = 100, donc C=80C = 80.

T(t)=80 e−0,1t+20.T(t) = 80\,e^{-0{,}1 t} + 20.

Quand t→+∞t \to +\infty, e−0,1t→0e^{-0{,}1t} \to 0 et T(t)→20 ° ⁣CT(t) \to 20\,°\!C : la température de la pièce, comme attendu.

Astuce

Vérifie toujours la cohérence physique : un corps qui refroidit doit tendre vers la température ambiante, jamais en dessous. Le signe a<0a < 0 garantit la convergence vers l'équilibre.

Croissance, décroissance et demi-vie

Règle

Selon le signe de aa, la solution f(x)=Ceaxf(x) = C e^{ax} (avec C>0C > 0) modélise une croissance ou une décroissance exponentielle :

• si a>0a > 0, ff est strictement croissante et f(x)→+∞f(x) \to +\infty : croissance (population, capital placé) ; • si a<0a < 0, ff est strictement décroissante et f(x)→0f(x) \to 0 : décroissance (désintégration radioactive, décharge d'un condensateur).

Pour une décroissance N(t)=N0 e−λtN(t) = N_0\,e^{-\lambda t} (λ>0\lambda > 0), la demi-vie TT est la durée au bout de laquelle la quantité a été divisée par 22. Elle vérifie e−λT=12e^{-\lambda T} = \dfrac{1}{2}, d'où :

T=ln⁡2λ.T = \dfrac{\ln 2}{\lambda}.

⭐ Pour les curieux — pourquoi ça marche ? Pourquoi la demi-vie ne dépend-elle pas de la quantité de départ ? Parce que la décroissance est multiplicative, pas soustractive. Entre l'instant tt et l'instant t+Tt + T, le rapport vaut N(t+T)N(t)=N0e−λ(t+T)N0e−λt=e−λT\dfrac{N(t+T)}{N(t)} = \dfrac{N_0 e^{-\lambda(t+T)}}{N_0 e^{-\lambda t}} = e^{-\lambda T} : le N0N_0 se simplifie et le résultat ne dépend plus du tout de l'instant ni de la quantité présente. Si ce rapport vaut 12\dfrac{1}{2} (soit T=ln⁡2λT = \dfrac{\ln 2}{\lambda}), alors chaque tranche de durée TT divise par deux ce qu'il reste : N0→N02→N04→N08…N_0 \to \dfrac{N_0}{2} \to \dfrac{N_0}{4} \to \dfrac{N_0}{8}\dots — qu'on parte d'un kilo ou d'un gramme.

Méthode

Pour exploiter une demi-vie :

  1. Écris la solution N(t)=N0 e−λtN(t) = N_0\,e^{-\lambda t}.
  2. La demi-vie TT vérifie N(T)=N02N(T) = \dfrac{N_0}{2}, soit e−λT=12e^{-\lambda T} = \dfrac{1}{2}.
  3. Passe au logarithme : −λT=−ln⁡2-\lambda T = -\ln 2, donc T=ln⁡2λT = \dfrac{\ln 2}{\lambda} (et réciproquement λ=ln⁡2T\lambda = \dfrac{\ln 2}{T}).
Exemple

Un échantillon radioactif suit N(t)=N0 e−λtN(t) = N_0\,e^{-\lambda t} avec λ=ln⁡2\lambda = \ln 2 (en jours−1^{-1}).

La demi-vie vaut T=ln⁡2λ=ln⁡2ln⁡2=1T = \dfrac{\ln 2}{\lambda} = \dfrac{\ln 2}{\ln 2} = 1 jour.

Au bout de 11 jour, il reste donc la moitié des noyaux ; au bout de 22 jours, le quart, etc.

Astuce

La demi-vie ne dépend pas de la quantité initiale N0N_0 : elle ne dépend que de λ\lambda. C'est une propriété caractéristique de la décroissance exponentielle.

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