🔢Loi binomiale

Cours de mathématiques · Terminale

Schéma de Bernoulli (répétition de nn épreuves identiques et indépendantes), loi binomiale B(n,p)B(n,p), coefficients binomiaux (nk)\binom{n}{k}, probabilité P(X=k)=(nk)pk(1p)nkP(X=k)=\binom{n}{k}p^k(1-p)^{n-k}, probabilités cumulées, espérance npnp et variance np(1p)np(1-p).

Ce que tu vas savoir faire

  • Reconnaître une épreuve de Bernoulli et un schéma de Bernoulli.
  • Calculer un coefficient binomial (nk)\binom{n}{k} et l'interpréter.
  • Calculer P(X=k)P(X=k) pour une variable XX suivant B(n,p)B(n,p).
  • Calculer des probabilités cumulées P(Xk)P(X \le k) et P(Xk)P(X \ge k).
  • Calculer l'espérance E(X)=npE(X)=np et la variance V(X)=np(1p)V(X)=np(1-p).

Épreuve et schéma de Bernoulli

Règle

Une épreuve de Bernoulli est une expérience aléatoire à deux issues : le succès SS, de probabilité pp, et l'échec Sˉ\bar{S}, de probabilité q=1pq = 1 - p.

Un schéma de Bernoulli de paramètres nn et pp est la répétition de nn épreuves de Bernoulli identiques (même probabilité pp) et indépendantes (le résultat d'une épreuve n'influe pas sur les autres).

La variable aléatoire XX qui compte le nombre de succès au cours de ces nn épreuves suit alors la loi binomiale de paramètres nn et pp, notée XB(n,p)X \sim B(n,p). Elle prend ses valeurs dans {0,1,2,,n}\{0, 1, 2, \dots, n\}.

Méthode

Pour reconnaître un schéma de Bernoulli, vérifie les trois conditions :

  1. Chaque épreuve n'a que deux issues (succès / échec).
  2. Les épreuves sont identiques (même pp à chaque fois).
  3. Les épreuves sont indépendantes. Si oui, le nombre de succès XX suit B(n,p)B(n,p).
Exemple

On lance 1010 fois un dé équilibré. « Succès » = obtenir un 66, donc p=16p = \dfrac{1}{6}.

Les 1010 lancers sont identiques (même dé) et indépendants. Le nombre XX de 66 obtenus suit donc B ⁣(10;16)B\!\left(10\,;\,\dfrac{1}{6}\right).

Attention : un tirage sans remise dans une urne ne donne PAS un schéma de Bernoulli (les épreuves ne sont plus indépendantes).

Astuce

Le mot-clé est indépendance. Tirage avec remise → schéma de Bernoulli. Tirage sans remise → ce n'est pas une loi binomiale.

Coefficients binomiaux

Règle

Le coefficient binomial (nk)\binom{n}{k} (lu « kk parmi nn ») est le nombre de façons de choisir kk éléments parmi nn, sans tenir compte de l'ordre. Dans un schéma de Bernoulli, c'est le nombre de chemins de l'arbre comportant exactement kk succès.

Propriétés utiles :

(n0)=(nn)=1,(n1)=(nn1)=n,\binom{n}{0} = \binom{n}{n} = 1, \qquad \binom{n}{1} = \binom{n}{n-1} = n,

(nk)=(nnk)(symeˊtrie),\binom{n}{k} = \binom{n}{n-k} \quad \text{(symétrie)},

(nk)+(nk+1)=(n+1k+1)(relation de Pascal).\binom{n}{k} + \binom{n}{k+1} = \binom{n+1}{k+1} \quad \text{(relation de Pascal)}.

La relation de Pascal permet de construire le triangle de Pascal.

Méthode

Pour calculer (nk)\binom{n}{k} :

  1. Utilise les valeurs immédiates si k{0,1,n1,n}k \in \{0, 1, n-1, n\}.
  2. Sers-toi de la symétrie (nk)=(nnk)\binom{n}{k} = \binom{n}{n-k} pour te ramener au plus petit kk.
  3. Sinon, utilise le triangle de Pascal ou la calculatrice (touche (nk)\binom{n}{k} ou nCrnCr).
Exemple

Calculons (52)\binom{5}{2} (nombre de façons de placer 22 succès sur 55 épreuves).

Ligne n=5n=5 du triangle de Pascal : 1    5    10    10    5    11\;\;5\;\;10\;\;10\;\;5\;\;1.

Le terme d'indice k=2k=2 vaut (52)=10\binom{5}{2} = 10.

Vérification par symétrie : (52)=(53)=10\binom{5}{2} = \binom{5}{3} = 10. ✓

Astuce

Indices kk et nkn-k donnent le même coefficient : (52)=(53)\binom{5}{2} = \binom{5}{3}. Utilise toujours le plus petit pour calculer plus vite.

Calcul de $P(X=k)$

Règle

Si XB(n,p)X \sim B(n,p), alors pour tout entier kk tel que 0kn0 \le k \le n :

P(X=k)=(nk)pk(1p)nk.P(X = k) = \binom{n}{k}\, p^k\, (1-p)^{\,n-k}.

Lecture de la formule :

\bullet (nk)\binom{n}{k} : nombre de chemins ayant kk succès ;

\bullet pkp^k : probabilité des kk succès le long d'un chemin ;

\bullet (1p)nk(1-p)^{n-k} : probabilité des nkn-k échecs.

La somme de toutes les probabilités vaut 11 : k=0nP(X=k)=1\displaystyle\sum_{k=0}^{n} P(X=k) = 1.

⭐ Pour les curieux — pourquoi ça marche ? Fixons un scénario précis : par exemple succès aux épreuves 1,3,41, 3, 4 et échecs aux autres. Comme les épreuves sont indépendantes, on multiplie les probabilités le long de ce chemin : on rencontre kk fois un succès (chacun pp) et nkn-k fois un échec (chacun 1p1-p), d'où pk(1p)nkp^k(1-p)^{n-k} pour ce chemin. Or tout chemin ayant exactement kk succès donne le même produit (le facteur pp apparaît toujours kk fois, peu importe où sont placés les succès). Il reste à compter ces chemins : choisir les positions des kk succès parmi les nn épreuves, c'est (nk)\binom{n}{k} façons. On additionne ces chemins de même probabilité, ce qui donne bien P(X=k)=(nk)pk(1p)nkP(X=k)=\binom{n}{k}\,p^k(1-p)^{n-k}.

Méthode

Pour calculer P(X=k)P(X=k) avec XB(n,p)X \sim B(n,p) :

  1. Identifie nn, pp et la valeur de kk demandée.
  2. Calcule (nk)\binom{n}{k}.
  3. Calcule pkp^k et (1p)nk(1-p)^{n-k}.
  4. Multiplie les trois facteurs. À la calculatrice : fonction binomPdf(n, p, k).
Exemple

Soit XB(5;0,2)X \sim B(5\,;\,0{,}2). Calculons P(X=2)P(X=2).

(52)=10\binom{5}{2} = 10 ; p2=0,22=0,04p^2 = 0{,}2^2 = 0{,}04 ; (1p)3=0,83=0,512(1-p)^3 = 0{,}8^3 = 0{,}512.

P(X=2)=10×0,04×0,512=10×0,02048=0,2048P(X=2) = 10 \times 0{,}04 \times 0{,}512 = 10 \times 0{,}02048 = 0{,}2048.

Donc P(X=2)=0,2048P(X=2) = 0{,}2048.

Astuce

Vérifie les exposants : ils doivent totaliser nn (k+(nk)=nk + (n-k) = n). Si la somme des exposants ne fait pas nn, c'est une erreur.

Probabilités cumulées

Règle

On a souvent besoin de probabilités du type P(Xk)P(X \le k) ou P(Xk)P(X \ge k).

P(Xk)=i=0kP(X=i),P(Xk)=1P(Xk1).P(X \le k) = \sum_{i=0}^{k} P(X=i), \qquad P(X \ge k) = 1 - P(X \le k-1).

Quelques égalités très utiles (événement contraire) :

\bullet P(X1)=1P(X=0)P(X \ge 1) = 1 - P(X = 0) (« au moins un succès ») ;

\bullet P(X>k)=1P(Xk)P(X > k) = 1 - P(X \le k) ;

\bullet P(aXb)=P(Xb)P(Xa1)P(a \le X \le b) = P(X \le b) - P(X \le a-1).

À la calculatrice, la fonction cumulée est binomCdf(n, p, k) qui renvoie P(Xk)P(X \le k).

Méthode
  1. Traduis la phrase en inégalité (« au moins » → \ge, « au plus » → \le, « moins de » → <<).
  2. Si possible, passe par l'événement contraire (souvent plus court).
  3. Utilise binomCdf pour P(Xk)P(X \le k) puis ajuste.
Exemple

Soit XB(5;0,2)X \sim B(5\,;\,0{,}2). Calculons P(X1)P(X \ge 1) (« au moins un succès »).

On passe au contraire : P(X1)=1P(X=0)P(X \ge 1) = 1 - P(X = 0).

P(X=0)=(50)0,200,85=1×1×0,32768=0,32768P(X=0) = \binom{5}{0}\,0{,}2^0\,0{,}8^5 = 1 \times 1 \times 0{,}32768 = 0{,}32768.

P(X1)=10,32768=0,67232P(X \ge 1) = 1 - 0{,}32768 = 0{,}67232.

Astuce

« Au moins un » se calcule toujours par le contraire : 1P(X=0)1 - P(X=0). C'est bien plus rapide que d'additionner P(X=1)++P(X=n)P(X=1)+\dots+P(X=n).

Espérance et variance

Règle

Si XB(n,p)X \sim B(n,p), alors :

E(X)=np,V(X)=np(1p),σ(X)=np(1p).E(X) = np, \qquad V(X) = np(1-p), \qquad \sigma(X) = \sqrt{np(1-p)}.

\bullet L'espérance E(X)=npE(X) = np est le nombre moyen de succès attendu sur un grand nombre de répétitions de l'expérience.

\bullet La variance V(X)=np(1p)V(X) = np(1-p) et l'écart-type σ(X)=V(X)\sigma(X) = \sqrt{V(X)} mesurent la dispersion autour de la moyenne.

Ces formules ne sont valables que pour la loi binomiale : il faut donc avoir vérifié qu'on est bien dans un schéma de Bernoulli.

⭐ Pour les curieux — pourquoi ça marche ? Voici pourquoi E(X)=npE(X)=np, sans aucun calcul de (nk)\binom{n}{k}. Notons XiX_i qui vaut 11 si la ii-ème épreuve est un succès, 00 sinon : alors X=X1+X2++XnX = X_1 + X_2 + \dots + X_n (compter les succès, c'est ajouter ces 11). Chaque XiX_i a pour espérance E(Xi)=1×p+0×(1p)=pE(X_i) = 1 \times p + 0 \times (1-p) = p. L'espérance d'une somme étant la somme des espérances, on obtient E(X)=p+p++p=npE(X) = p + p + \dots + p = np. Autrement dit, sur 2020 lancers de pièce (p=0,5p = 0{,}5), on attend en moyenne 20×0,5=1020 \times 0{,}5 = 10 piles : limpide.

Méthode
  1. Identifie nn et pp.
  2. Espérance : E(X)=npE(X) = np.
  3. Variance : V(X)=np(1p)V(X) = np(1-p).
  4. Écart-type : σ(X)=V(X)\sigma(X) = \sqrt{V(X)} (si demandé).
Exemple

Soit XB(10;0,3)X \sim B(10\,;\,0{,}3).

E(X)=np=10×0,3=3E(X) = np = 10 \times 0{,}3 = 3.

V(X)=np(1p)=10×0,3×0,7=3×0,7=2,1V(X) = np(1-p) = 10 \times 0{,}3 \times 0{,}7 = 3 \times 0{,}7 = 2{,}1.

σ(X)=2,11,449\sigma(X) = \sqrt{2{,}1} \approx 1{,}449.

En moyenne on attend 33 succès, avec une dispersion d'environ 1,451{,}45 autour de cette valeur.

Astuce

Retiens : espérance =np= np (simple produit), variance =np(1p)= np(1-p) (on multiplie en plus par 1p1-p). L'écart-type est la racine de la variance, jamais la variance elle-même.

Traduire un énoncé en probabilités cumulées

Règle

La principale difficulté avec la loi binomiale est de traduire une phrase en inégalité, puis de la calculer.

\bullet « exactement kk succès » ⇒ P(X=k)P(X=k).

\bullet « au plus kk » ⇒ P(Xk)P(X\le k).

\bullet « au moins kk » ⇒ P(Xk)=1P(Xk1)P(X\ge k)=1-P(X\le k-1).

\bullet « moins de kk » ⇒ P(X<k)=P(Xk1)P(X<k)=P(X\le k-1).

\bullet « plus de kk » ⇒ P(X>k)=1P(Xk)P(X>k)=1-P(X\le k).

\bullet « entre aa et bb » (bornes incluses) ⇒ P(aXb)=P(Xb)P(Xa1)P(a\le X\le b)=P(X\le b)-P(X\le a-1).

Le cas le plus courant, « au moins un succès », se calcule par le contraire : P(X1)=1P(X=0)P(X\ge 1)=1-P(X=0).

Méthode
  1. Repère le mot-clé (« au moins », « au plus », « entre »…).
  2. Traduis-le en inégalité sur XX.
  3. Passe à l'événement contraire si c'est plus court.
  4. Calcule avec binomCdf ou en sommant les P(X=i)P(X=i).
Exemple

XB(10;0,1)X\sim B(10\,;\,0{,}1). « Au moins un succès » :

P(X1)=1P(X=0)=10,910=10,348680,651P(X\ge 1)=1-P(X=0)=1-0{,}9^{10}=1-0{,}34868\approx 0{,}651.

Astuce

« Au moins un » = 1P(X=0)1-P(X=0) : c'est le piège-réflexe à connaître. N'additionne jamais P(X=1)++P(X=n)P(X=1)+\dots+P(X=n) pour ça, c'est beaucoup plus long.

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