📊Variables aléatoires et concentration

Cours de mathématiques · Terminale

Espérance, variance et écart-type d'une variable aléatoire, propriétés de la somme de variables aléatoires, inégalité de Bienaymé-Tchebychev et loi des grands nombres (moyenne d'un échantillon).

Ce que tu vas savoir faire

  • Calculer l'espérance, la variance et l'écart-type d'une variable aléatoire.
  • Utiliser la linéarité de l'espérance et les formules V(aX+b)=a2V(X)V(aX+b)=a^2V(X).
  • Calculer l'espérance et la variance d'une somme de variables indépendantes.
  • Majorer une probabilité avec l'inégalité de Bienaymé-Tchebychev.
  • Énoncer et interpréter la loi des grands nombres sur la moyenne d'un échantillon.

Espérance, variance, écart-type

Règle

Soit XX une variable aléatoire prenant les valeurs x1,,xmx_1, \dots, x_m avec les probabilités p1,,pmp_1, \dots, p_m.

\bullet Espérance (valeur moyenne) :

E(X)=i=1mxipi.E(X) = \sum_{i=1}^{m} x_i\, p_i.

\bullet Variance (dispersion) :

V(X)=i=1m(xiE(X))2pi=E(X2)(E(X))2.V(X) = \sum_{i=1}^{m} (x_i - E(X))^2\, p_i = E(X^2) - \big(E(X)\big)^2.

\bullet Écart-type : σ(X)=V(X)\sigma(X) = \sqrt{V(X)}.

La variance est toujours 0\ge 0 ; elle s'exprime dans le carré de l'unité de XX, alors que l'écart-type a la même unité que XX.

Méthode
  1. Dresse la loi de probabilité (valeurs xix_i et probabilités pip_i, vérifie que pi=1\sum p_i = 1).
  2. Calcule E(X)=xipiE(X) = \sum x_i p_i.
  3. Calcule E(X2)=xi2piE(X^2) = \sum x_i^2 p_i.
  4. Variance : V(X)=E(X2)(E(X))2V(X) = E(X^2) - (E(X))^2, puis σ(X)=V(X)\sigma(X) = \sqrt{V(X)}.
Exemple

Un jeu : XX vaut 1-1 avec probabilité 0,50{,}5, 00 avec probabilité 0,30{,}3, et 44 avec probabilité 0,20{,}2.

E(X)=(1)×0,5+0×0,3+4×0,2=0,5+0+0,8=0,3E(X) = (-1)\times 0{,}5 + 0 \times 0{,}3 + 4 \times 0{,}2 = -0{,}5 + 0 + 0{,}8 = 0{,}3.

E(X2)=1×0,5+0×0,3+16×0,2=0,5+3,2=3,7E(X^2) = 1 \times 0{,}5 + 0 \times 0{,}3 + 16 \times 0{,}2 = 0{,}5 + 3{,}2 = 3{,}7.

V(X)=E(X2)(E(X))2=3,70,32=3,70,09=3,61V(X) = E(X^2) - (E(X))^2 = 3{,}7 - 0{,}3^2 = 3{,}7 - 0{,}09 = 3{,}61.

σ(X)=3,61=1,9\sigma(X) = \sqrt{3{,}61} = 1{,}9.

Astuce

La formule V(X)=E(X2)(E(X))2V(X) = E(X^2) - (E(X))^2 est presque toujours la plus rapide. Attention : c'est E(X2)E(X^2) (espérance des carrés), différent de (E(X))2(E(X))^2 (carré de l'espérance).

Transformation affine $aX+b$

Règle

Pour tous réels aa et bb, la variable Y=aX+bY = aX + b vérifie :

E(aX+b)=aE(X)+b,E(aX + b) = a\,E(X) + b,

V(aX+b)=a2V(X),σ(aX+b)=aσ(X).V(aX + b) = a^2\, V(X), \qquad \sigma(aX + b) = |a|\,\sigma(X).

Points clés :

\bullet L'espérance est affine : on multiplie par aa et on ajoute bb.

\bullet La constante bb n'a aucun effet sur la variance (un décalage ne change pas la dispersion) : V(X+b)=V(X)V(X + b) = V(X).

\bullet Le facteur aa intervient au carré dans la variance.

⭐ Pour les curieux — pourquoi ça marche ? La variance mesure la moyenne des carrés des écarts à la moyenne : V(X)=E[(XE(X))2]V(X)=E\big[(X-E(X))^2\big]. Posons Y=aX+bY=aX+b ; comme E(Y)=aE(X)+bE(Y)=aE(X)+b, l'écart se simplifie joliment : YE(Y)=(aX+b)(aE(X)+b)=a(XE(X))Y-E(Y)=(aX+b)-(aE(X)+b)=a\,(X-E(X)), le +b+b s'efface des deux côtés. En élevant au carré, chaque écart est multiplié par a2a^2, donc V(Y)=a2V(X)V(Y)=a^2V(X). Image concrète : translater tout un nuage de points de bb ne l'étale pas davantage (la dispersion ignore bb), tandis que le dilater d'un facteur aa étire chaque distance par aa, donc les distances au carré par a2a^2.

Méthode

Connaissant E(X)E(X) et V(X)V(X), pour Y=aX+bY = aX + b :

  1. E(Y)=aE(X)+bE(Y) = a\,E(X) + b.
  2. V(Y)=a2V(X)V(Y) = a^2\,V(X) (la constante bb disparaît).
  3. σ(Y)=aσ(X)\sigma(Y) = |a|\,\sigma(X).
Exemple

On donne E(X)=2E(X) = 2 et V(X)=5V(X) = 5. Soit Y=3X4Y = 3X - 4.

E(Y)=3×24=64=2E(Y) = 3 \times 2 - 4 = 6 - 4 = 2.

V(Y)=32×5=9×5=45V(Y) = 3^2 \times 5 = 9 \times 5 = 45.

σ(Y)=35=356,708\sigma(Y) = |3|\,\sqrt{5} = 3\sqrt{5} \approx 6{,}708.

Astuce

Erreur fréquente : écrire V(aX+b)=aV(X)+bV(aX+b) = aV(X)+b. NON. La variance ignore bb et multiplie par a2a^2 : V(aX+b)=a2V(X)V(aX+b) = a^2 V(X).

Somme de variables aléatoires

Règle

Pour deux variables aléatoires XX et YY (quelconques), l'espérance est linéaire :

E(X+Y)=E(X)+E(Y).E(X + Y) = E(X) + E(Y).

Pour la variance, l'additivité n'est vraie que si XX et YY sont indépendantes :

V(X+Y)=V(X)+V(Y)(si X,Y indeˊpendantes).V(X + Y) = V(X) + V(Y) \quad \text{(si } X, Y \text{ indépendantes)}.

Plus généralement, si X1,,XnX_1, \dots, X_n sont indépendantes et de même loi que XX, et si Sn=X1++XnS_n = X_1 + \dots + X_n :

E(Sn)=nE(X),V(Sn)=nV(X).E(S_n) = n\,E(X), \qquad V(S_n) = n\,V(X).

C'est ainsi qu'on retrouve E(X)=npE(X) = np et V(X)=np(1p)V(X) = np(1-p) pour la loi binomiale (somme de nn variables de Bernoulli indépendantes).

Méthode
  1. L'espérance d'une somme est toujours la somme des espérances.
  2. Pour la variance d'une somme, vérifie d'abord l'indépendance.
  3. Si indépendantes : V(somme)=V(\text{somme}) = somme des variances.
  4. Pour nn variables identiques : multiplie par nn.
Exemple

Soit XX le résultat d'un dé équilibré : E(X)=3,5E(X) = 3{,}5 et V(X)=35122,9167V(X) = \dfrac{35}{12} \approx 2{,}9167.

On lance le dé 44 fois indépendamment ; soit S=X1+X2+X3+X4S = X_1 + X_2 + X_3 + X_4.

E(S)=4×3,5=14E(S) = 4 \times 3{,}5 = 14.

V(S)=4×3512=14012=35311,667V(S) = 4 \times \dfrac{35}{12} = \dfrac{140}{12} = \dfrac{35}{3} \approx 11{,}667.

Astuce

L'espérance s'ajoute sans condition. La variance ne s'ajoute que si les variables sont indépendantes. Ne confonds pas les deux règles.

Inégalité de Bienaymé-Tchebychev

Règle

Soit XX une variable aléatoire d'espérance μ=E(X)\mu = E(X) et de variance V(X)V(X). Pour tout réel δ>0\delta > 0 :

P(Xμδ)V(X)δ2.P\big(|X - \mu| \ge \delta\big) \le \dfrac{V(X)}{\delta^2}.

Autrement dit, la probabilité de s'écarter de la moyenne de plus de δ\delta est majorée par V(X)δ2\dfrac{V(X)}{\delta^2}.

Cette inégalité est universelle (valable pour toute loi dès que la variance existe), mais souvent peu précise : elle donne une majoration grossière, pas une valeur exacte.

On en déduit aussi : P(Xμ<δ)1V(X)δ2P\big(|X - \mu| < \delta\big) \ge 1 - \dfrac{V(X)}{\delta^2}.

Méthode
  1. Identifie μ=E(X)\mu = E(X), V(X)V(X) et l'écart δ\delta considéré.
  2. Applique P(Xμδ)V(X)δ2P(|X-\mu| \ge \delta) \le \dfrac{V(X)}{\delta^2}.
  3. Pour l'événement « rester proche », passe au complémentaire : 1V(X)δ2\ge 1 - \dfrac{V(X)}{\delta^2}.
Exemple

Soit XX avec E(X)=50E(X) = 50 et V(X)=25V(X) = 25. Majorons P(X5010)P(|X - 50| \ge 10).

Ici δ=10\delta = 10, donc δ2=100\delta^2 = 100.

P(X5010)V(X)δ2=25100=0,25P(|X - 50| \ge 10) \le \dfrac{V(X)}{\delta^2} = \dfrac{25}{100} = 0{,}25.

La probabilité de s'écarter d'au moins 1010 de la moyenne est donc au plus 0,250{,}25. On en déduit P(X50<10)10,25=0,75P(|X-50| < 10) \ge 1 - 0{,}25 = 0{,}75.

Astuce

Bienaymé-Tchebychev donne une majoration (un « au plus »), pas une valeur exacte. Si tu trouves un nombre >1> 1, c'est juste une majoration inutile (la probabilité reste 1\le 1).

Loi des grands nombres

Règle

On répète nn fois, de façon indépendante, une même expérience. Soit X1,,XnX_1, \dots, X_n des variables indépendantes de même loi que XX, d'espérance μ=E(X)\mu = E(X). La moyenne de l'échantillon est

Mn=X1+X2++Xnn.M_n = \dfrac{X_1 + X_2 + \dots + X_n}{n}.

Alors E(Mn)=μE(M_n) = \mu et V(Mn)=V(X)nV(M_n) = \dfrac{V(X)}{n}.

La variance de MnM_n tend vers 00 quand nn augmente : la moyenne se concentre autour de μ\mu. C'est l'inégalité de concentration : pour tout δ>0\delta > 0,

P(Mnμδ)V(X)nδ2.P\big(|M_n - \mu| \ge \delta\big) \le \dfrac{V(X)}{n\,\delta^2}.

C'est la loi (faible) des grands nombres : pour nn grand, la moyenne observée MnM_n est, avec une probabilité proche de 11, très proche de l'espérance μ\mu.

⭐ Pour les curieux — pourquoi ça marche ? L'inégalité de concentration n'est pas une nouvelle loi : c'est simplement Bienaymé-Tchebychev appliquée à la variable MnM_n. Celle-ci a pour espérance μ\mu et pour variance V(Mn)=V(X)nV(M_n)=\dfrac{V(X)}{n}. En remplaçant VV par V(X)n\dfrac{V(X)}{n} dans P(Mnμδ)V(Mn)δ2P(|M_n-\mu|\ge\delta)\le\dfrac{V(M_n)}{\delta^2}, on obtient directement la majoration P(Mnμδ)V(X)nδ2P(|M_n-\mu|\ge\delta)\le\dfrac{V(X)}{n\,\delta^2}. Et voilà le cœur du résultat : ce majorant porte un nn au dénominateur, donc il tend vers 00 ; doubler la taille de l'échantillon divise par deux ce majorant (la garantie qu'on a sur l'erreur), si bien que la probabilité de se tromper de plus de δ\delta est forcée vers 00. C'est exactement pourquoi un sondage sur 1000010\,000 personnes est bien plus fiable que sur 100100.

Méthode

Pour la moyenne MnM_n d'un échantillon :

  1. E(Mn)=μ=E(X)E(M_n) = \mu = E(X).
  2. V(Mn)=V(X)nV(M_n) = \dfrac{V(X)}{n} (la variance est divisée par nn).
  3. Inégalité de concentration : P(Mnμδ)V(X)nδ2P(|M_n - \mu| \ge \delta) \le \dfrac{V(X)}{n\,\delta^2}.
Exemple

Soit XX avec E(X)=10E(X) = 10 et V(X)=4V(X) = 4. On forme la moyenne MnM_n de n=100n = 100 tirages indépendants.

E(M100)=10E(M_{100}) = 10.

V(M100)=V(X)n=4100=0,04V(M_{100}) = \dfrac{V(X)}{n} = \dfrac{4}{100} = 0{,}04.

Avec δ=1\delta = 1 : P(M100101)V(X)nδ2=4100×1=0,04P(|M_{100} - 10| \ge 1) \le \dfrac{V(X)}{n\,\delta^2} = \dfrac{4}{100 \times 1} = 0{,}04.

La moyenne de 100100 tirages s'écarte de plus de 11 de 1010 avec une probabilité d'au plus 4%4\,\%.

Astuce

Le point essentiel : V(Mn)=V(X)nV(M_n) = \dfrac{V(X)}{n} diminue quand nn grandit. Plus l'échantillon est grand, plus la moyenne est fiable. L'espérance, elle, ne change pas avec nn.

Récapitulatif des formules d'espérance et de variance

Règle

Voici toutes les règles de calcul du chapitre, rassemblées :

\bullet Définitions : E(X)=xipiE(X)=\sum x_i p_i, V(X)=E(X2)(E(X))2V(X)=E(X^2)-\big(E(X)\big)^2, σ(X)=V(X)\sigma(X)=\sqrt{V(X)}.

\bullet Transformation affine : E(aX+b)=aE(X)+bE(aX+b)=aE(X)+b, V(aX+b)=a2V(X)V(aX+b)=a^2V(X) (la constante bb disparaît), σ(aX+b)=aσ(X)\sigma(aX+b)=|a|\,\sigma(X).

\bullet Somme : E(X+Y)=E(X)+E(Y)E(X+Y)=E(X)+E(Y) toujours ; V(X+Y)=V(X)+V(Y)V(X+Y)=V(X)+V(Y) seulement si X,YX,Y indépendantes.

\bullet nn variables i.i.d. (somme SnS_n) : E(Sn)=nE(X)E(S_n)=nE(X), V(Sn)=nV(X)V(S_n)=nV(X).

\bullet Moyenne Mn=SnnM_n=\dfrac{S_n}{n} : E(Mn)=E(X)E(M_n)=E(X), V(Mn)=V(X)nV(M_n)=\dfrac{V(X)}{n}.

Le piège récurrent : l'espérance est linéaire sans condition, mais la variance d'une somme exige l'indépendance et fait intervenir a2a^2, pas aa.

Méthode

Avant tout calcul de variance d'une somme : vérifie l'indépendance. Pour une transformation aX+baX+b : multiplie la variance par a2a^2 et ignore bb.

Exemple

E(X)=2E(X)=2, V(X)=5V(X)=5, Y=3X4Y=3X-4 :

E(Y)=3×24=2E(Y)=3\times 2-4=2 et V(Y)=32×5=45V(Y)=3^2\times 5=45.

Pour S=X1++X4S=X_1+\dots+X_4 (44 copies indépendantes) : E(S)=4×2=8E(S)=4\times 2=8 et V(S)=4×5=20V(S)=4\times 5=20.

Astuce

Confusion classique : V(aX+b)=a2V(X)V(aX+b)=a^2V(X), jamais aV(X)+baV(X)+b. La constante additive bb ne change pas la dispersion.

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